Le vendredi 12 juin, nous avons eu le plaisir d'accueillir les monnaies locales complémentaires (MLC) L'Épi lorrain et L'Ardoise au sein du réseau de partenaires du programme LUX response.

À l'heure où nos sociétés sont de plus en plus dépendantes de l'électricité et où les paiements électroniques sont devenus la norme, la question de la continuité des échanges économiques en situation de crise mérite une attention particulière, spécifiquement en ce qui concerne les biens de première nécessité. En cas de panne majeure, de catastrophe naturelle ou de toute autre situation d'urgence rendant les moyens de paiement électroniques et les distributeurs de billets indisponibles, les monnaies locales complémentaires peuvent constituer une solution précieuse pour permettre aux populations touchées d'accéder aux biens de première nécessité.

Les récentes pannes d’électricité majeures de la péninsule ibérique (avril 2025) et de Berlin (janvier 2026) nous ont montré à quel point nos sociétés sont dépendantes de l’électricité. Quelle que soit l’origine de ces pannes, problème technique dans la péninsule ibérique et sabotage dans le cas allemand, la Belgique n’est pas à l’abri d’une situation similaire.

 

Une solution déjà éprouvée sur le terrain

Un exemple concret nous vient de la commune de Theux. À la suite des inondations de juillet 2021, les distributeurs automatiques de billets de la localité étaient hors service et de nombreux commerçants présents sur le marché hebdomadaire n’étaient pas en mesure d’accepter les paiements par carte bancaire. Dans ce contexte, de nombreux habitants sinistrés éprouvaient des difficultés à se procurer des produits de première nécessité.

Le Syndicat d'initiative de Theux a alors mis en place un dispositif de paiement alternatif reposant sur la monnaie locale complémentaire liégeoise Le Val'heureux. Les habitants ont pu retirer des unités de monnaie locale auprès du Syndicat d'initiative et les utiliser directement auprès des commerçants. En fin de journée, ces derniers échangeaient les unités collectées contre un virement en euros. Ce mécanisme a permis de maintenir temporairement les échanges commerciaux malgré les perturbations du système bancaire.

L'histoire montre également que les monnaies locales peuvent jouer un rôle important en période de crise économique. Lors de la Grande Dépression de 1929, plusieurs collectivités ont expérimenté des monnaies locales afin de soutenir l'activité économique et préserver les échanges. Les exemples les plus connus sont ceux de Schwanenkirchen, en Bavière, et de Wörgl, dans le Tyrol, souvent cités comme des modèles de résilience économique locale.

Qu'est-ce qu'une monnaie locale complémentaire ?

Le terme « monnaie » est en réalité un raccourci pour désigner des « bons de soutien à l’économie local ».

Les monnaies locales complémentaires sont :

  • Locales, car elles ne peuvent être utilisées que sur un territoire géographique défini ;
  • Complémentaires, puisqu'elles viennent en complément de l'euro auquel elles sont adossées selon une parité fixe (1 unité de monnaie locale = 1 euro).

Leur objectif principal est de favoriser les circuits courts et de renforcer l'économie locale. Lorsqu'un commerçant est payé en monnaie locale, il est encouragé à réutiliser cette monnaie auprès d'autres acteurs du territoire. Ce mécanisme favorise les échanges entre producteurs, commerçants, artisans et consommateurs locaux, créant ainsi des boucles économiques vertueuses qui contribuent à la vitalité du territoire.

 

Les monnaies locales complémentaires en province de Luxembourg

La province de Luxembourg compte actuellement trois monnaies locales complémentaires :

L'Épi lorrain
 Créé en 2011, il couvre la Gaume et le Pays d'Arlon. Il fonctionne sous forme électronique et papier.

L'Ardoise
 Créée en 2018, elle couvre neuf communes situées entre la Semois et la Lesse, à cheval sur les provinces de Luxembourg et de Namur. Elle fonctionne exclusivement sous forme papier.

Le Voltî
 Créé en 2016, il couvre un territoire situé entre les provinces de Luxembourg et de Namur, notamment autour de Marche-en-Famenne et Nassogne. Il fonctionne principalement sous forme papier, la version électronique étant progressivement abandonnée.


Un outil au service de la résilience territoriale

En situation d'urgence, l'apport des monnaies locales complémentaires ne se limite pas aux seules communes couvertes par leur zone d'utilisation habituelle. Avec une coordination adaptée, leur mobilisation pourrait bénéficier à l'ensemble du territoire provincial.

Face aux défis économiques, énergétiques, climatiques et sociétaux qui se multiplient, les monnaies locales complémentaires apparaissent comme des outils concrets susceptibles de renforcer la résilience collective. En préservant les échanges de proximité lorsque les systèmes traditionnels sont fragilisés, elles contribuent à maintenir la capacité des territoires à faire face aux crises.