Il y a cinq ans, la Belgique était frappée par la pire catastrophe naturelle de son histoire contemporaine.

Les 14, 15 et 16 juillet 2021, des précipitations exceptionnelles ont provoqué des crues d’une ampleur sans précédent. Plus de 200 villes et communes ont été touchées, principalement en Wallonie. Trente-neuf personnes ont perdu la vie, dont une en province de Luxembourg, des milliers d’habitations ont été détruites ou gravement endommagées et des infrastructures essentielles – routes, ponts, réseaux d’eau et d’électricité – ont été emportées. Les dégâts sont estimés à plus de 2,5 milliards d’euros. Cinq ans plus tard, certaines familles n’ont toujours pas pu regagner leur domicile.
Au-delà du bilan humain et matériel, ces inondations ont profondément marqué notre société. Elles ont rappelé avec force que les risques naturels peuvent toucher chacun d’entre nous et que les effets du changement climatique rendent les phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents et plus intenses. Elles ont également révélé l’extraordinaire mobilisation des services de secours, des autorités publiques, des associations, des entreprises et de milliers de citoyens venus spontanément prêter main-forte aux sinistrés.
Transformer une tragédie en enseignements
Face à l’ampleur de la catastrophe, alors que la pandémie de Covid-19 mobilisait encore une grande partie des moyens publics, les autorités ont rapidement engagé un travail d’analyse afin de tirer toutes les leçons de ces événements.
Cette réflexion s’est notamment concrétisée par le Livre blanc, remis au Ministre de l’Intérieur et consacré à la planification d’urgence et à la gestion de crise, ainsi que par les travaux de la Commission d’enquête parlementaire, qui a remis en mars 2022 un rapport comportant 161 recommandations destinées à améliorer la prévention, la préparation et la gestion des crises futures.
Parmi celles-ci, plusieurs concernent directement les missions poursuivies aujourd’hui par le programme LUX response :
• 21. Former davantage d’agents publics à la planification d’urgence et à la gestion de crise.
• 22. Créer une culture du risque au sein des services publics en coordination avec les différentes autorités en charge du secours.
• 27. Créer une logistique efficace en matière d’aides, particulièrement en organisant les prêts et les dons de matériels, la possibilité de les entreposer dans un lieu prévu à cet effet, la mise à disposition de logements ainsi qu’un registre d’entreprises et d’organisations susceptibles d’apporter leur soutien en cas de crise majeure.
• 29. Dès l’émission d’un code jaune par l’Institut Royal Météorologique (IRM), appréhender la situation en approche et par équipes multidisciplinaires et effectuer des points réguliers sur l’évolution des informations.
• 30. Élaborer, en bonne intelligence avec les communes concernées, des cartes d’évacuation et de mise à l’abri lisibles, y compris en cas de délestage préventif, accompagnées d’un inventaire des sites pouvant accueillir les personnes évacuées.
• 31. Permettre la mutualisation des moyens en planification d’urgence à un niveau pluri-communal.
• 33. Sur base des partenariats existants entre les fédérations de mouvements de jeunesse et les autorités publiques ainsi que sur les procédures et bonnes pratiques mises en œuvre lors des inondations de juillet 2021, inclure dans les plans généraux d’urgence et d’intervention (PGUI) une procédure d’évacuation relative aux camps de vacances et de jeunesse et l’étendre, de façon adaptée, aux sites de camping et aux habitations permanentes.
• 34. Encadrer la participation citoyenne dans la planification et la gestion d’urgence, en créant une réserve de citoyens volontaires au niveau local et en analysant la possibilité juridique de couvrir par une assurance les interventions de ces volontaires en cas de crise.
• 36. Créer un cadre permettant une organisation avec les bénévoles, pendant et après la catastrophe, et mettre à disposition les lieux et le matériel nécessaires pour rendre cette aide efficace.
• 40. Structurer un travail de mémoire des inondations et assurer sa diffusion afin d’assurer durablement la sensibilisation aux risques d’inondation.
LUX response est un travail collectif en réseau. L’ensemble des partenaires œuvrent à tirer les conséquences de ces événements tragiques. Ces recommandations constituent aujourd’hui une véritable feuille de route pour renforcer la résilience de nos territoires.
LUX response : construire une culture de la résilience
Créé il y a deux ans, LUX response s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Le programme rassemble de nombreux partenaires institutionnels, scientifiques et locaux autour d’un objectif commun : mieux préparer la province de Luxembourg aux crises de demain. Notre ambition est de renforcer les capacités de prévention, de préparation et de coordination des acteurs locaux tout en développant une véritable culture du risque auprès des autorités, des professionnels et des citoyens. La résilience ne se construit pas uniquement lors des catastrophes. Elle se prépare au quotidien, grâce à la formation, à la planification, à l’exercice, à la coopération entre partenaires et au partage des connaissances.
Des actions concrètes sur le territoire
La Province de Luxembourg
Depuis les inondations de 2021, la Province de Luxembourg a engagé plusieurs actions destinées à réduire la vulnérabilité du territoire.
Par l’intermédiaire de son Service technique provincial, plusieurs zones d’immersion temporaires (ZIT) ont été aménagées dans des bassins versants identifiés comme particulièrement sensibles lors des événements de juillet 2021. D’autres projets sont en cours d’étude ou de réalisation afin de limiter les effets des futures crues.
La Province soutient également le développement des compétences des autorités locales. En collaboration avec le Cortex, l’Université de Liège et LUX response, elle a financé l’organisation des serious games Cris’Eau Sec et Cit’in Crise, qui permettent aux responsables communaux de s’entraîner à gérer des situations de crise dans des conditions proches de la réalité.
Les communes
Les communes du nord de la province figurent parmi les territoires les plus touchés par les inondations de 2021. À Marche-en-Famenne, les autorités communales ont lancé le programme Marche Résilient 2026, qui accompagne les habitants des zones inondables dans la mise en œuvre de solutions concrètes visant à réduire leur vulnérabilité. Cette démarche associe accompagnement technique, sensibilisation et soutien financier afin de renforcer durablement la résilience du territoire.
L’Université de Liège
La résilience passe également par la recherche scientifique et le dialogue entre les disciplines.
En partenariat avec l’Université de Liège – Campus Environnement, LUX response a organisé le premier Forum interdisciplinaire consacré aux extrêmes hydrologiques en province de Luxembourg.
Cette rencontre a réuni chercheurs, experts, autorités publiques et acteurs de terrain autour des défis liés aux événements hydrologiques extrêmes. En parallèle des conférences scientifiques, plusieurs activités culturelles – théâtre, cinéma, exposition et témoignages – ont permis de mettre en lumière l’expérience vécue par les sinistrés et de préserver la mémoire collective de la catastrophe.
Ces quelques projets ne constituent qu’une partie de ce qui se fait sur le territoire de la province de Luxembourg pour mieux se préparer face aux risques d’inondations et de ruissellement.
Se souvenir pour mieux agir
Commémorer les inondations de juillet 2021 ne consiste pas uniquement à regarder vers le passé.
C’est aussi mesurer le chemin parcouru, poursuivre les efforts engagés et continuer à préparer nos territoires aux crises futures. Les événements de 2021 ont démontré que la résilience est une responsabilité collective qui repose sur la coopération entre les pouvoirs publics, les services de secours, les scientifiques, les associations, les entreprises et les citoyens.
Cinq ans après, le meilleur hommage que nous puissions rendre aux victimes est de continuer à apprendre, à anticiper et à agir afin que nos territoires soient mieux préparés face aux défis climatiques de demain.