Les récents incendies qui ont durement touché la Gironde et les Landes, dans le sud-ouest de la France, rappellent qu’une gestion efficace d’une situation d’urgence ne se limite pas à la protection des personnes et des infrastructures. Elle implique également la prise en charge des animaux, qu’ils soient domestiques, d’élevage ou sauvages.

Longtemps considérée comme une problématique secondaire, cette question est aujourd’hui reconnue comme un enjeu majeur de la gestion de crise. Au-delà du bien-être animal et des considérations éthiques qu’il soulève, le sort réservé aux animaux influence directement le comportement des populations, l’organisation des évacuations, la sécurité des intervenants ainsi que les opérations de rétablissement après la catastrophe.

 

Les enseignements de l’ouragan Katrina

L’ouragan Katrina, qui a frappé le sud des États-Unis, et plus particulièrement La Nouvelle-Orléans, en août 2005, constitue un tournant dans la prise en compte des animaux lors des catastrophes. Avec plus de 1 800 victimes et des dégâts considérables, cette catastrophe a également permis d’identifier plusieurs facteurs expliquant pourquoi de nombreux habitants avaient refusé d’évacuer malgré les ordres des autorités.

Les analyses réalisées après la catastrophe ont montré que :

  • 36 % ne souhaitaient pas abandonner leur habitation
  • 20 % ne savaient pas où se rendre
  • 19 % refusaient de laisser derrière eux leurs animaux de compagnie
  • 17 % ne voulaient pas abandonner un membre de leur famille

Près d’une personne sur cinq avait donc choisi de rester en zone dangereuse afin de ne pas abandonner son animal.

À l’époque, cette dimension n’avait pratiquement pas été anticipée dans les plans d’urgence. Les conséquences furent nombreuses. Les centaines de milliers d’animaux de compagnie laissés sur place ont rapidement posé des problèmes sanitaires, de sécurité et de salubrité publique. Plusieurs associations de protection animale sont intervenues spontanément, parfois sans coordination avec les services de secours, augmentant les risques pour les bénévoles comme pour les intervenants.

Cette expérience conduira le Congrès américain à adopter, dès 2006, le Pets Evacuation and Transportation Standards (PETS) Act, imposant aux autorités locales d’intégrer les animaux de compagnie dans les plans d’évacuation et les dispositifs d’accueil des sinistrés.

 

Les inondations de 2021 en Belgique : une prise de conscience

À Liège, une cellule spécifique a rapidement été créée et mise en place par les Vétérinaires – Urgentistes Secours et Catastrophes (VUSC, dont il sera question plus loin dans cet article) en étroite collaboration avec les autorités compétentes. Sur le terrain, les VUSC ont participé à l’évacuation des sinistrés accompagnés de leur animal de compagnie en concertation avec les différentes disciplines. Ils ont également œuvré à la mise en place de refuges transitoires, organisé les soins dans ces mêmes refuges et recherché les animaux errants ou décédés. Ces actions salvatrices ont été opérées de concert avec d’autres structures comme l’Animal Rescue Team de la Zone de Secours de Hesbaye ou encore la SRPA de Liège.

Plus de 120 animaux ont ainsi été recueillis, soignés ou temporairement hébergés dans les différents centres d’hébergement durant les opérations de secours.

Cette expérience a démontré qu’une organisation anticipée permet non seulement d’assurer le bien-être des animaux, mais facilite également l’évacuation des personnes qui hésitent parfois à quitter leur domicile lorsqu’elles ignorent ce qu’il adviendra de leurs compagnons.

Vous découvrirez plus en détail l’ensemble des actions menées par les VUSC lors des inondations de juillet 2021 dans l’article rédigé par le Docteur Hugues Guyot, Professeur en médecine vétérinaire à l’Université de Liège et coordinateur des VUSC :

Vous découvrirez plus en détail l’ensemble des actions menées par les VUSC lors des inondations de juillet 2021 dans l’article rédigé par le Docteur Hugues Guyot, Professeur en médecine vétérinaire à l’Université de Liège et coordinateur des VUSC, ici !

 

Les incendies en Gironde : gérer trois catégories d’animaux

Les incendies qui touchent actuellement la Gironde présentent une difficulté différente dans la mesure où ils concernent simultanément, et à grande échelle, les trois grandes catégories d’animaux à une grande échelle : les animaux domestiques, les animaux d’élevage et la faune sauvage.

Une cellule de crise dédiée à cette problématique a rapidement été constituée, s’appuyant notamment sur les enseignements tirés de l’incendie en forêt de Fontainebleau au début du mois de juillet 2026.

Les animaux domestiques ont, lorsque cela était possible, été évacués avec leurs propriétaires. Ceux qui avaient dû être laissés sur place ont ensuite été récupérés par des équipes spécialisées avant d’être accueillis dans des structures adaptées.

Les animaux d’élevage représentent un défi logistique bien plus important. Leur évacuation nécessite des moyens de transport spécifiques, des exploitations d’accueil disponibles ainsi qu’une coordination étroite entre les éleveurs, les autorités et les organisations professionnelles agricoles. Plusieurs milliers d’animaux ont ainsi été transférés vers des départements voisins.

La situation est encore différente pour la faune sauvage. Les animaux blessés doivent être localisés dans des zones parfois encore dangereuses avant d’être pris en charge par des vétérinaires et des centres spécialisés. La fuite des animaux, notamment les plus gros, génère certains risques supplémentaires, par exemple en termes de sécurité routière.

Les incendies détruisent également leurs habitats naturels, ce qui entraîne des conséquences écologiques qui perdurent bien après l’extinction des flammes.

 

Une réflexion déjà engagée en province de Luxembourg

La province de Luxembourg présente plusieurs caractéristiques comparables à celles de la Gironde ou des Landes. Il s’agit d’un territoire largement rural, fortement boisé, où les activités agricoles occupent une place importante et où la fréquentation touristique est élevée.

Ces particularités impliquent une présence importante d’animaux domestiques, d’élevage et d’une faune sauvage particulièrement riche. Dans un contexte d’incendies de forêt, d’inondations, d’accidents industriels ou de crises sanitaires, leur prise en charge constitue donc un enjeu opérationnel majeur.

C’est dans cette optique que la Cellule de sécurité provinciale a développé depuis 2023 un partenariat avec les Vétérinaires Urgentistes Secours et Catastrophes (VUSC) de l’Université de Liège.

Créé en 2019 et reconnu par l’ARES (Académie de Recherche et d’Enseignement supérieur), ce certificat universitaire forme des vétérinaires spécifiquement préparés à intervenir lors de situations d’urgence.

Leurs missions couvrent notamment :

  • la participation aux opérations d’évacuation des personnes accompagnées de leurs animaux
  • le sauvetage et les premiers soins aux animaux blessés
  • l’organisation de leur hébergement temporaire
  • la gestion des risques sanitaires, notamment lors d’épizooties
  • la prise en charge des cadavres animaux afin de limiter les risques environnementaux et sanitaires.

D’autres organisations spécialisées, telles que l’Animal Disaster Team, apportent également un soutien logistique précieux aux services d’intervention lors de catastrophes majeures.

 

Une composante à intégrer pleinement dans les plans d’urgence

L’expérience internationale est aujourd’hui sans équivoque : la gestion des animaux ne constitue pas un enjeu secondaire mais bien une composante essentielle de la gestion des situations d’urgence.

Lorsqu’une personne sait que son animal sera pris en charge, elle accepte beaucoup plus facilement de respecter un ordre d’évacuation. À l’inverse, ignorer cette réalité peut ralentir les opérations de secours, mettre en danger les habitants comme les intervenants et compliquer durablement la phase de rétablissement.

Anticiper ces situations, développer des partenariats avec les acteurs vétérinaires, prévoir des structures d’accueil et intégrer pleinement la dimension animale dans les plans d’urgence contribuent ainsi à renforcer la résilience des territoires.

Les catastrophes récentes démontrent que protéger les populations passe également par une prise en compte organisée des animaux. En province de Luxembourg, cette réflexion est déjà engagée et constitue un élément important du développement d’une gestion de crise adaptée aux réalités du territoire.