Le 112 est le numéro d’appel d’urgence gratuit en Belgique et au niveau européen. En Belgique, il permet de joindre les pompiers, l’aide médicale urgente et la police (la police est également joignable au numéro 101).

Plus concrètement, le 112 est le point de départ de la chaîne des secours : centrale de réception, de triage, de régulation et de dispatching des appels d’urgence. Il n’est pas à lui seul un service de secours : la centrale 112 détermine le type de secours nécessaire et mobilise les services compétents.

La centrale 112 peut également coordonner une intervention nécessitant plusieurs disciplines, à titre d’exemple : ambulance + pompiers + police.

Différentes campagnes de communication rappellent régulièrement aux citoyens que le 112 est le numéro d’urgence à retenir en Belgique ainsi que dans l’ensemble de l’Union européenne.

Les résultats de l’Eurobaromètre publié en 2025 montrent que 75 % des Européens connaissent le 112 comme numéro d’urgence. En Belgique, cette proportion est légèrement inférieure, avec 71 % des personnes interrogées déclarant connaître ce numéro.

La Suède affiche le taux de connaissance le plus élevé, avec 98 %. À l’inverse, les taux plus faibles observés dans certains pays peuvent notamment s’expliquer par la coexistence de plusieurs numéros d’urgence nationaux. À titre d’exemple, la France dispose de plusieurs numéros dédiés à différents types de situations d’urgence, ce qui peut rendre le paysage des numéros d’appel plus complexe pour le citoyen.

Mais connaître le 112 ne suffit pas toujours.

Il apparaît en effet que les citoyens ne composent pas systématiquement ce numéro lorsqu’ils sont témoins d’une situation d’urgence. Nous parlons ici de situations dans lesquelles les services de secours et d’intervention ne sont pas encore présents sur les lieux. Lorsqu’une intervention est déjà en cours, il n’est évidemment pas nécessaire de prévenir une nouvelle fois les secours, sauf si l’on dispose d’une information nouvelle ou importante.

Cette difficulté à réagir est particulièrement visible dans le cas des feux de végétation. Des citoyens peuvent être témoins des premières flammes ou d’un départ de feu sans que personne ne pense spontanément à prévenir les secours. Or, dans ce type de situation, chaque minute compte : une intervention rapide peut contribuer à empêcher qu’un départ de feu ne se transforme en incendie majeur.

Ce comportement, qui peut sembler paradoxal, a pourtant fait l’objet de nombreuses recherches dans le domaine de la psychologie sociale. Il est généralement associé à ce que l’on appelle l’effet du témoin.

Le principe est contre-intuitif : plus le nombre de témoins présents lors d’une situation d’urgence augmente, moins chacun d’entre eux est susceptible de se sentir personnellement responsable d’intervenir. Cela peut se traduire par une absence d’action, qu’il s’agisse de venir en aide à une personne en difficulté ou, plus simplement, de prévenir les services de secours.

Le constat s’inverse lorsqu’une personne est seule témoin d’un événement. Celle-ci est alors davantage susceptible de réagir.

 

Comment expliquer cette absence de réaction ?

Les recherches menées par les psychologues sociaux Bibb Latané et John Darley ont notamment permis de mettre en évidence plusieurs mécanismes susceptibles d’expliquer ce phénomène :

  • La dilution de la responsabilité : lorsque plusieurs personnes sont présentes, chacun peut avoir le sentiment que la responsabilité d’intervenir incombe également aux autres. La responsabilité individuelle semble alors s’amenuiser et se répartir entre les différents témoins.
  • L’appréhension de l’évaluation : un témoin peut hésiter à intervenir par crainte de mal interpréter la situation ou de paraître ridicule si celle-ci s’avère finalement moins grave qu’il ne le pensait.
  • L’influence sociale : lorsqu’une situation est ambiguë, les témoins ont tendance à observer le comportement des autres afin de déterminer comment eux-mêmes doivent réagir. Si personne ne bouge, chacun peut en déduire que la situation ne nécessite finalement pas d’intervention.

L’un des événements majeurs ayant contribué à susciter l’intérêt scientifique pour ce phénomène est l’assassinat de la jeune Kitty Genovese, à New York, en 1964. Lors de ce drame, aucun des témoins n’a jugé bon d’intervenir. L’affaire a suscité une vive émotion à travers tout le pays et différentes polémiques s’en sont suivies. L’importante couverture médiatique a contribué à alimenter les recherches sur la réaction des témoins face à une situation d’urgence.

Les recherches menées depuis lors, sans jamais remettre en cause les conclusions de Latané et de Darley, ont cependant permis de nuancer l’idée selon laquelle la présence d’un grand nombre de témoins conduirait nécessairement à l’inaction.

Certaines conditions peuvent au contraire favoriser la coordination et l’intervention collective. Lorsqu’un groupe partage des normes, des valeurs ou une identité commune, ses membres peuvent être davantage susceptibles de se coordonner et d’agir ensemble face à une situation d’urgence.

 

La culture du risque comme moteur de l’action

C’est ici que la culture du risque peut jouer un rôle essentiel.

Lorsqu’un groupe de citoyens partage une même compréhension des risques auxquels il est exposé et sait comment réagir face à ceux-ci, cette connaissance commune peut faciliter le passage à l’action.

Prenons à nouveau l’exemple d’un feu de végétation. Une personne aperçoit un départ de feu alors que plusieurs autres témoins se trouvent à proximité. Elle peut naturellement se dire que quelqu’un d’autre a déjà appelé les secours — ou qu’une autre personne va nécessairement le faire.

Pourtant, cette personne peut être celle qui fera la différence.

Voir un départ de feu, c’est déjà disposer d’une information utile aux services de secours. En cas de doute, il vaut mieux transmettre cette information plutôt que supposer qu’un autre témoin l’a déjà fait.

La culture du risque repose notamment sur cette capacité à ne pas attendre que quelqu’un d’autre agisse.

Alors, face à une situation d’urgence : si les secours ne sont pas encore sur place et que vous êtes témoin d’un événement nécessitant leur intervention, appelez le 112.

Parce que l’appel de trop n’existe pas.

Mais un appel qui n’a jamais été passé peut, lui, faire perdre de précieuses minutes aux différents services d’intervention.