À l’invitation du Parc naturel des Deux Ourthes, LUX response a participé la semaine dernière à Beausaint à une soirée-conférence consacrée au risque de feux de forêt. Cette rencontre avait pour objectif de mieux appréhender l’évolution de ces menaces, de favoriser les échanges autour des bonnes pratiques de prévention et de réfléchir collectivement aux mesures de protection et de gestion durable à mettre en place sur le territoire.

La soirée a débuté par une présentation exemplative de la gestion forestière et de la défense des forêts contre les incendies au sein du Parc naturel régional des Alpilles, dans le sud de la France. Cette expérience a permis de mettre en lumière l’importance d’une approche intégrée, combinant aménagement du territoire, prévention et préparation opérationnelle. Le Département de la Nature et des Forêts (DNF) a ensuite présenté la coordination des politiques publiques mises en œuvre en Région wallonne face au risque d’incendie en milieux naturels. Le Commandant de la Zone de secours Luxembourg a ensuite expliqué la préparation des pompiers luxembourgeois, à la fois en termes de formations et en termes de matériels. Enfin, nous avons pu présenter l’initiative LUX response. Celle-ci a lancé un bel échange avec la salle sur le renforcement de la culture du risque et la préparation que chaque acteur de la forêt peut avoir face à ce risque.

Bien que la province de Luxembourg n’ait, à ce jour, pas été confrontée à des incendies forestiers de grande ampleur, le risque est désormais identifié comme étant en augmentation constante. La forêt constitue un enjeu majeur pour le territoire provincial, couvrant 52 % de sa superficie. Elle représente à la fois un patrimoine environnemental essentiel, un attrait touristique important, un héritage culturel et un pilier économique de premier plan. La filière bois y est particulièrement structurante, avec plus de 1 400 entreprises actives directement ou indirectement et plus de 2 000 emplois, ce qui explique que les impacts du changement climatique sur la forêt dépassent largement les seuls enjeux écologiques.

Les projections climatiques montrent une évolution marquée des conditions météorologiques dans les prochaines décennies. Les étés seront plus chauds, avec une augmentation significative du nombre de jours de chaleur et des vagues de chaleur plus fréquentes et plus intenses. Les hivers devraient continuer à se radoucir, avec une diminution des périodes de gel prolongé, tout en restant ponctuellement marqués par des épisodes froids. La hausse des températures sera plus prononcée en Ardenne qu’en Flandre, et, au sein même de la province de Luxembourg, plus marquée dans les zones du sud et de l’est. Ces évolutions climatiques auront des conséquences directes sur le bilan hydrique des sols. Même si les précipitations annuelles ne diminuent pas fortement, l’augmentation des températures entraîne une évaporation accrue, provoquant un assèchement plus rapide des sols, en particulier durant la saison de végétation. À l’horizon 2050, les déficits hydriques estivaux pourraient devenir structurels, avec des effets en cascade sur les écosystèmes forestiers, agricoles et naturels.

L’état sanitaire des forêts wallonnes, et plus particulièrement de celles de la province de Luxembourg, est aujourd’hui jugé préoccupant. Les données disponibles indiquent que près d’un quart des feuillus et plus de la moitié des résineux présentent déjà des signes de dégradation, notamment sous la forme de défoliations anormales. Ces fragilités résultent de pressions multiples et cumulées : sécheresses répétées, canicules, agents pathogènes, pullulations d’insectes ravageurs, mais aussi déséquilibres structurels hérités de pratiques sylvicoles anciennes. Si les forêts ont toujours été confrontées à des perturbations, la rapidité et l’intensité actuelles du changement climatique dépassent désormais les capacités naturelles d’adaptation de systèmes forestiers dont les cycles s’inscrivent sur des décennies, voire des siècles.

Les chercheurs proposent une analyse structurée en trois niveaux afin d’objectiver la vulnérabilité des forêts face au changement climatique. Le premier niveau concerne la vulnérabilité intrinsèque des stations forestières, largement déterminée par le régime hydrique des sols et leur capacité à stocker et restituer l’eau. En province de Luxembourg, environ 5 % des stations sont considérées comme très vulnérables, notamment sur les sols superficiels schisteux ou calcaires de la Famenne et dans certaines zones sableuses de Lorraine. Près de 37 % des stations sont jugées vulnérables, en particulier celles qui alternent des conditions humides en hiver et très sèches en été. À l’inverse, un peu plus de la moitié des surfaces forestières reposent sur des sols profonds, globalement peu ou pas vulnérables, notamment sur les plateaux forestiers ardennais.

Le deuxième niveau d’analyse porte sur l’adéquation actuelle des essences forestières à leur station. Les données issues de l’Inventaire permanent des ressources forestières montrent que seules 26 % des essences présentes se trouvent aujourd’hui dans des conditions optimales. Plus de la moitié des peuplements se situent dans une zone de tolérance, tandis qu’environ un quart se trouve déjà dans des conditions défavorables ou à risque. Cette situation varie selon les essences : le chêne sessile apparaît relativement robuste, tandis que le chêne pédonculé, plus exigeant en eau et en fertilité, se révèle plus vulnérable. Le hêtre et l’épicéa, très présents dans la province, montrent des signes de fragilité marqués, en particulier sur sols secs ou à régime hydrique instable.

Le troisième niveau concerne la vulnérabilité future des peuplements à l’horizon d’un climat plus chaud et plus instable, tel que projeté par les travaux du professeur Xavier Fettweis. En croisant les caractéristiques biologiques des essences, les scénarios climatiques et l’adéquation stationnelle, les chercheurs identifient des zones où les peuplements actuels risquent de devenir fortement vulnérables. L’analyse indique que plus de 90 % des peuplements de hêtres et d’épicéas pourraient être concernés à des degrés divers, en particulier sur les versants chauds, les sols superficiels, les zones de basse altitude et les peuplements dépourvus de compensation microclimatique.

Malgré certaines limites — notamment l’absence de données complètes pour toutes les régions naturelles de la province et la non-prise en compte détaillée des peuplements mélangés, généralement plus résilients —, cette approche permet d’identifier clairement les zones et les types de peuplements les plus exposés. Le diagnostic scientifique est sans ambiguïté : la forêt de la province de Luxembourg est déjà engagée dans une phase de vulnérabilité accrue face au changement climatique. La question n’est donc plus de savoir si cette vulnérabilité se manifestera, mais où, quand et avec quelle intensité.

Ces constats auront des implications majeures pour la gestion des risques et les services de secours. Longtemps peu exposée aux feux en milieux naturels, la province de Luxembourg pourrait devenir, à moyen terme, le territoire belge le plus vulnérable aux feux de forêt, en raison de l’importance de son couvert forestier et d’un impact climatique plus marqué lié à son climat plus continental et à son altitude moyenne plus élevée. Conscientes de ces enjeux, les autorités compétentes se préparent depuis plusieurs années. La Zone de secours Luxembourg est notamment intégrée depuis plus de deux ans à l’Entente Valabre, centre de formation de renommée internationale spécialisé dans les feux de végétation, permettant aux pompiers de la province d’adapter en permanence leurs stratégies d’intervention et leurs capacités opérationnelles.

Le SPW a lui aussi entamé une collaboration avec cet établissement public français majeur. Une convention a été signée en mars 2025 dans le but d’améliorer notamment la cartographie, la formation et le partage d’expérience.